COVID-19 : LES CONSEQUENCES PSYCHOLOGIQUES SONT DRAMATIQUES



Le bilan provisoire de la pandémie en ce début février 2021 est lourd à entendre, plus de102 Millions de personnes ont été contaminées par le COVID-19 dans le monde dont plus de 2,2 Millions de morts. Les souffrances mentales sont d'autres aspects dramatiques de cette épidémie.

Nous abordons une crise psychologique majeure, un effondrement psychique déjà visible dans plusieurs classes d'ages. Des centaines de millions de personnes sont ou seront plus ou moins gravement perturbées mentalement par cette épidémie. Un sondage du Comité international de la Croix-Rouge va même jusqu'à évaluer 1 personne sur 2 dans le monde. Le plus grand nombre de victimes provoqué par le Covid-19 est véritablement celui de la souffrance mentale. 60% des personnes placent la santé mentale au même niveau que la santé physique. Dans les pharmacies, nombreux sont les patients effrayés, anxieux, déprimés, moroses, insomniaques qui viennent chercher conseil.


Les souffrances mentales des victimes directes du virus échappent aux évaluations classiques.

Selon les études, il semble qu'entre 20% et 50% des patients atteints du Covid-19 présentent des troubles psychiatriques dans les 90 jours qui suivent leur infection. Ces troubles psychiatriques (troubles anxieux généralisés, stress post-traumatiques ou dépressions) sont dus à une combinaison de facteurs de stress psychologiques violents et aux effets physiques de la maladie. L'inflammation causée par le virus (observée au scanner) impacte aussi le cerveau, ce que les médecins appellent la tempête cytokinique, laquelle laisserait des séquelles psychiques.


Les victimes collatérales sont les plus nombreuses.

La crise sanitaire a exacerbé la détresse psychologique de millions de personnes. D’après une enquête menée par Santé publique France, le taux d’anxiété et le taux de dépressions des Français ont doublé.

Les peurs sont en fait multiples : peur d'être contaminé, de mourir, de perdre ses proches, son travail, perdre les liens familiaux, se retrouver ruiné... La peur est dévastatrice pour toutes les personnes phobiques. Ainsi les agoraphobes, les claustrophobes, les hypocondriaques... sont impactés par de nouvelles peurs liées à cette épidémie. Les phobies génèrent beaucoup d'anxiété, elles inhibent les occasions de prendre du plaisir et provoquent une destruction de toute vie sociale.

Les changements de comportements nécessaires à la lutte contre l'épidémie provoquent un autre type de difficulté. Tous les obsessionnels du monde vivent encadrés par de nombreux repères rigoureux plus ou moins ritualisés mais indispensables pour calmer une anxiété latente. Ces personnes sont figées dans leurs habitudes. Lorsque survient une épidémie, la prévention oblige à des gestes précis de distanciation physique, de modifications des liens familiaux, amicaux, professionnels du quotidien. L'apprentissage de nouveaux comportements est vécu très douloureusement par ces personnes.

Les contraintes du confinement sont inégales, elles acculent les plus mal lotis dans des situations sordides. L'isolement brise les liens affectifs, conduit au désespoir et le confinement familial est souvent source de tensions. Le télétravail intense en présence de jeunes enfants turbulents peut devenir l'enfer, c'est le « burn out » assuré.

La dérégulation économique provoque un grand nombre de situations individuelles particulièrement difficiles à vivre. Perdre son contrat de travail, son commerce, son activité artistique représente une telle rupture de la vie professionnelle que la dépression côtoie la tentation suicidaire.

Les soignants ne sont pas épargnés : 75 % auraient envisagé de jeter l'éponge, parfois en épuisement mental, d'autant plus qu'ils ont subi de plein fouet l'épidémie, soit en étant contaminés soit en regardant médusés et sans action possible les décès se cumuler.


Une génération de dépressifs

Les jeunes au chômage sont les plus nombreux. Les étudiants sont contraints à travailler seuls dans leurs petites chambres. Quant aux célibataires privés de contacts sociaux et de rencontres, ils vivent une réelle souffrance. Ainsi, 61% des jeunes interrogés estiment que la crise sanitaire aura des conséquences négatives sur leur santé mentale. Sur l'ensemble des Français, tous âges confondus, cette proportion est de 50%.

Pour préciser le genre de pathologies présentes, on observe des trouble anxieux généralisés, des dépressions et même 29% de ces jeunes ont évoqué des pensées suicidaires.

Cette souffrance semble donc plus présente chez ces jeunes qui pourtant échappent souvent à l'infection virale elle-même mais sont les victimes collatérales de l'épidémie.


Situation dramatique des personnes âgées

En France, 30% des morts du COVID-19 vivaient dans des EPHAD. La promiscuité et la présence de personnes particulièrement fragiles expliquent l'hécatombe dramatique dans ces établissements.

Le personnel administratif et les soignants font souvent preuve d'un grand courage pour assumer leurs missions mais se trouvent épuisés et démotivés.

Pour combattre la contagion, les règles barrières se sont multipliées dans ces établissements où les visites sont limitées voire interdites. Les activités communes sont également presque toutes interdites, ainsi que les thés dansants, les spectacles, les activités physiques, les jeux de sociétés, laissant les pensionnaires dans la mélancolie et pire encore dans le désespoir. Les pathologies mentales deviennent très compliquées pour être prises en charge autrement que par les psychotropes.

Hors des EPHAD, les personnes âgées restées à domicile sont davantage isolées de leurs familles et de leurs amis. Les activités de divertissement et culturelles sont pour elles aussi pratiquement interrompues depuis bientôt un an, ce qui les place face à une réalité bien triste.


Des signes d'alerte sont à entendre

Le fait de se sentir tendu, irritable, mal dormir, ruminer, se mettre en conflit avec ses proches, la crainte de ne pas pouvoir surmonter l’obstacle de cette période actuelle, ne pas pouvoir se projeter dans l’avenir, la difficulté à se concentrer etc…tous ces signes ne sont pas à sous estimer.

Plus grave encore, des pathologies atteignent le seuil de la tristesse, de l’incapacité à affronter son quotidien. C’est ce que l’on appelle la dépression ou trouble dépressif caractérisé. Chez les enfants et adolescents, les addictions excessives aux écrans sont des signes qui doivent alerter les parents.


Comment réagir au mieux pour éviter de tomber dans la déprime ?Eviter tout repli sur soi, les relations sociales sont protectrices et utiles à la vie. Il est impératif de rester en contact avec son entourage pour parler de ses problèmes personnels ou de celui de ses proches et sauvegarder un minimum de liens indispensables à la vie familiale et amicale. Il faut donc prendre le temps de discuter autant que possible. Quelques gestes du quotidien existent, comme organiser sa journée et son emploi du temps même lorsque l'on doit rester chez soi. Il est conseillé d'éviter de se connecter trop souvent aux actualités télévisées mais de préférer s'exposer à la lumière ou mieux encore au soleil à chaque fois que possible. De structurer son alimentation, son temps de loisirs, son temps de travail. Un maximum d'activités physiques, de préférence en plein air, aide à décompresser et à retrouver un équilibre plus naturel.

Nous sortirons probablement dans quelques mois de la phase aiguë de cette épidémie en attendant il est bon de se projeter sur des sorties ou des voyages à venir.

Nous ressortirons différents d'une telle crise. L'occasion se présente pour faire sauter des verrous et s'investir dans des activités et des liens plus adaptés à notre personnalité. Construire de nouveaux projets sera notre fierté retrouvée.


Quelles aides pour résoudre ces souffrances mentales ?

Il ne faut pas sous-estimer ces troubles psychologiques qui risquent de s'aggraver et de laisser des empreintes durables dans nos vies.

Bon nombre des souffrances mentales induites par cette épidémie ne peuvent se résoudre spontanément par nos efforts personnels.

Consulter un Psy est souvent une nécessité pas toujours accessible compte tenu de la saturation actuelle des services de la santé mentale ou du coût en libéral pour les étudiants. L'annonce du gouvernement d'offrir des « chèques PSY » pour étudiants va dans ce sens si cette mesure est bien organisée.

L'aide d'un traitement par médicaments (psychotropes : tranquillisants et antidépresseurs) ou par le suivi d'une psychothérapie est souvent impérative.

Mais n'oublions jamais que la solidarité, l'une des bases de l'éthique est toujours indispensable.


Gérard VIGNAUX

Psychologue clinicien

Président de l'Institut d'éthique contemporaine